Chapitre 9

Point de vue d'Alice

La lumière du soleil me reveille. Putain, où je suis? Dans un canapé, et il y a une fenêtre dont les rideaux ne sont pas fermés. J'ai le soleil en pleins dans le visage. Putain ça me reviens, l'hotel, les Tokio Hotel, le long trajet dans le van, mon père. Mon père putain. Comment j'ai pu ignorer la réalité pendant une journée entière? Ca m'arrangeait bien, d'être embarquée dans cette organisation germanique, j'avais pas le temps de penser. J'étais à 10 mètres au dessus du sol, au dessus de la réalité. Et au reveil, elle arrive comme une baffe. Julia dort encore, le soleil n'est pas assez haut pour l'éblouir. Il est 7h30 du matin. On est en septembre, quel jour, je m'en fiche. Je suis prise d'une colère énorme. Mon père s'est fait tuer par un policier! A cause d'un homme incompétent, mon père n'est plus là. Une douleur immense m'emplis, et je ne peux pas la déchaîner. Encore une foi, je me sens seule, tellement seule. J'allume la télé, et met les infos. Et hop, on parle de mon père. Réalité, réalité, tu me fais si mal.

" Du nouveau sur l'affaire d'avant-hier. A l'exposition d'art conceptuel, un manifestant avait été abbatu par un policier. On ne lui connait aucune famille, mis à part une fille de 18 ans qui aurait refusé d'entendre parler de cette histoire, encore sous le choc. Ses amis qui étaient présents lors du décès ont décidés d'organiser ses funérailles ce soir, à Paris. De nombreuses manifestations ont suivies cet evenement tragique. Monsieur Delval était qualifié d'excentrique, mais de drôle et parfaitement inoffensif. On passe à présent à la météo avec..."

J'éteins la télé en suffoquant, et de nouveau ces larmes acides et incomplètes coulent sur mes joues. Ca va pas, il manque quelque chose. J'ai fait n'importe quoi depuis deux jours. Tout de travers. Je pourrai essayer de prévenir ma soeur, mais j'ai aucune idée d'où elle se trouve. Je réfléchis. Si j'envoies une lettre chez moi, et qu'un jour elle decide de repasser, elle la trouvera. Je pourrai même écrire une lettre par moi, comme un journal, histoire qu'elle sache ce qu'il m'arrive. Tout ça dans l'éventualité qu'elle décide de revenir en France. Elle est sûrement mieux, au milieu des grandes plaines canadiennes, à fumer le calumet avec son amoureux. Loin de toute cette réalité violente qui nous bouffe, nous assome et nous déchire.

Le reveil de Julia sonne, elle se redresse en s'étirant. Elle me vois et me sourit.

- Bien dormi?


Point de vue de Tom

Mmmmh, lit douillet et chaud.
Vrrrr. SMS de David : "debout, journée chargée". Hop, j'obéis, docile. Je me lève, et file directement dans la douche. Tout propre, je me sèche, et essuie la buée de la vitre. Beau gosse. Pas étonnant que toutes les filles soient folles de moi. Oula, par contre je pues de la gueule. Mais flemme immense de me laver les dents. Hop, une pastille à la menthe fera l'affaire! Quand je sors de la salle de bain, je manque un infarctus du myocarde. Bill est assis sur mon lit, la tête encore perdu dans les abysses profondes de son anus. Il est avachis en avant, et fixe ses pieds.

- Salut!
- Hello.
- Je veux pas être agressif de si bon matin, mais t'aurai pu frapper! Immagine j'étais dans un un partage intime avec une belle créature!
- Les caméras sont pas là, arrête de faire le mariol.
- Je parlai de ma main rapport à la belle créature. Et puis c'est le matin, laisse moi dire ce que je veux! Si t'es pas content t'avais pas qu'à venir!
- Je voulais prendre mon petit dèj' avec toi.
- Tu le prend pas au restaurant avec Kim?
- Non...
- Ben pourquoi?
- Parce que...
- Tu te moque de moi? Ecoute je suis flatté que tu veuille partager mon café dans ma chambre, mais habituellement tu des...
- J'ai pas envie de croiser la tarée en bas.


Je me tais et le fixe.

- Fais pas ton gamin Bill, c'est bon, t'as pas à lui parler...
- Nan mais être dans le même périmètre qu'elle ça m'insupporte.
- Mais elle t'a fait quoi?
- Elle est là, c'est tout. Je l'aime pas.


Je hausse les épaules et appelle le service d'étage. Puis je m'affale dans le fauteuil en face de mon frère et pars dans mes pensées.

- Tu la trouves comment?

Je lève les yeux.

- Hein? Qui?
- La tarée.
- Apelle la pas comme ça, ça me fait flipper.
- Ouais, ben la nouvelle...la moche... comme tu veux. Tu la trouve comment?
- Pas mal.
- Mais encore?
- Ecoute j'ai pas d'avis sur elle, et j'ai pas l'intention de m'en forger un, ça te va?
- ...
- Dis donc, pour un gars qui veut passer le plus de temps possible loin d'elle, t'en parle beaucoup!
- C'est pas de ma faute, je la trouve pas normale! Elle me stresse!
- Destresse Billou!


Je me lève et tire les rideaux. Le beau soleil matinal inonde la chambre de sa douce lumière.

- Regarde, il fait beau! Profite, c'est bientôt finit les beaux jours! Te prends pas la tête!

Il me sourit, et nos cafés arrivent.


Point de vue d'Alice.

La journée est passé plus tranquillement qu'hier. Les Tokio Hotel sont allés faire des interviews hors de l'hotel, c'est cool. Le restaurant est tranquille, et je me sens moins tendue. En fin d'après-midi, je demande à Julia si je peux aller faire un tour.

- Biensûr! A ton aise! Mais rentre pas trop tard, ce soir les garçons sont à NRJ, on a notre soirée de libre, tu viendra avec nous! Ca te changera les idées.
- Daccord.


Je prend une veste et je sors. Il doit être 17h00, le soleil a commencé à baisser, mais il fait beau et chaud. Le genre de journée idéale pour un enterrement.

Le cimetière est bondé. Il y a même des cameramen. Je ne connais personne, à part la bande d'amis moustachus du club de Papa. Surtout un, Eric, qui est souvent venu sur la péniche. Il est debout, en train de déclamer un discours, pendant que je vois un cerceuil noir être descendu dans une tombe. Mon coeur se serre, une douleur déchirante, horrible. Je traverse les allées à toute allure pour me frayer un chemin tout devant. Eric a finit de parler. Il baisse les yeux, je sens qu'il est triste. Il retourne dans la foule, pile à côté de moi. Je lui attrape la manche. Il tourne la tête doucement, et nos regards se croisent. Il lache dans un chochottement.

- Alice?
- Oui.
- Oh mon Dieu Alice, est-ce que ça va?...Je...Plus personne n'avais de nouvelles de toi, on pensait que tu n'avais pas été mise au courant! Mon Dieu tu aurai vécu dans une telle angoisse!


Je fond en larme, tremblante. Eric m'attrape dans ses bras. Ca pourrai paraitre peu conventionnel, c'est un ami de mon père, et je le connais peu, mais on oublie les conventions. Tout le monde nous regarde. J'entend des chuchottements. "c'est la fille de Robert Delval?" "mon dieu, elle est toute jeune, pauvre chérie..."
Je me détache d'Eric et regarde tout le monde.
C'est insoutenable, je ne suis pas encore prète. Je pars en courant. Pendant de longues minutes, je cours sans m'arrêter, à travers les rues de Paris, que je ne connais pas. L'air brûle mes poummons, mes larmes coulent, encore et toujours. Finalement, je me retrouve à l'hotel. Il n'y a plus une seule fan. Elles doivent être devant les studios d'NRJ. Je rentre sans difficultés, et vais directement dans la chambre de Julia me doucher, me laver de tout ce chagrin immonde que je n'arrive pas à assumer.

Je ne parle de l'enterrement à personne.
En soirée, on se rend dans un bar. Je me sens de trop. Ils sont tous plus vieux, et parlent tous allemands. Mais le serveur est gentil. Il m'offre une vodka-pomme parce que "le patron n'est pas là". Puisqu'il n'y a pas beaucoup de monde, il s'installe en face de moi.

- Comment tu t'apelles?
- Alice, et toi?
- Pierre. J'ai 19 ans. Tu es allemande?
demande t'il en désignant du menton l'équipe qui est installée à ma table.
- Non, je viens du rhône. Je suis à Paris depuis 2 jours seulement, et je travaille avec eux.
- Et tu vas rester à Paris?
- J'en ai aucune idée. Tous ces gens vont retourner en Allemagne d'ici quelques jours, et on devra décider à ce moment là si je les suis ou non.


Je ne donne pas beaucoup de détail, David m'a conseillé de ne pas trop dire que j'étais avec les Tokio Hotel aux français. Mais Pierre n'a pas l'air de vraiment vouloir tout savoir.

- Ben écoute, si jamais tu décide de rester sur Paris et que t'as nulle-part où aller, je cherche un co-locataire pour mon appartement.

Je lui sourit. Il a l'air gentil. A ma gauche, les allemands commencent à se lever. Robin me sourit.

- Aller Alice, on doit rentrer.

Je hoche la tête et me lève. Pierre fait de même.

- Si tu veux qu'on en reparle, je travaille ici tous les soirs, et le samedi toute la journée.
- Daccord, je repasserai! Salut!

# Posté le lundi 14 avril 2008 08:18

Chapitre 10

Point de vue d'Alice

Le lendemain matin, on fait une mini-réunion avec David, deux autres producteurs, Robin, Julia, Toby et moi pour planifier la journée. Déjà, en seulement trois jours, je me sens plus à l'aise, et je propose des idées, etc...
Pendant qu'on se penche pour mettre à l'écrit l'emplois du temps de la journée, je pars dans mes pensées. C'est bizarre, comme travail. On s'occupe de quatre personnes. Quatre stars en vérité, mais on s'en occupe sans s'en occuper. On se soucie de leurs déplacements, de leur sécurité, mais on ne se pose même pas la question du fait qu'ils sont humains. Tout notre travail est basé sur eux, mais on ne les voit, ne les croise jamais. Et je crois, peut être par sorte de pudeur, qu'aucun d'entre nous ne prononce jamais Bill, Tom, Georg, Gustav ou Tokio Hotel. On se contente d'un ils, pesé, articulé, timide, et modéré. C'est étrange.
Je sens une main sur mon épaule, et je me redresse surprise. David.

- Tu viens dans le couloir cinq minutes?
- Oui biensûr.


Je sors à sa suite, dans ce long couloir vide d'hotel de luxe. Avant ça, je n'en avais jamais vu, quand j'y pense, des hotels aussi luxueux. Les murs sont d'un jaune lumineux, et ornés de moulures dorées. Il y a de grands miroirs. Le carelage et tellement brillant que j'y vois mon reflet dans les moindres détails. Et au bout du couloir, cette lumière, ce lieu presque interdit, le hall de l'hôtel, que je traverse seulement en hâte quand je sors. David s'assied dans un canapé de velour rouge, et lève les yeux vers moi.

- Alors, tu as réfléchis à la suite?
- Pas vraiment... Je sais même pas ce que vous avez pensé de mon travail ces deux jours...
- Et toi, tu en as pensé quoi?
- Je...ne me suis pas trouvée particulièrement indispensable...
- Vraiment?


Il me regarde par en dessous, les sourcils haussés, fesant se creuser des rides dans son front. Son regard est perçant, il m'intimide. J'ouvre la bouche, mais n'en sort qu'un couinement. Il se détend et sourit.

- Tu sais... On ne se sent pas forcément tous indispensables... C'est quand on allie tous nos compétences qu'on se rend compte de notre utilité.

Je le regarde avec des yeux ronds.

- Excuse moi pour ce discours quelque peu...
- ...J'aurai juré entendre un directeur de salon pour l'emploi des jeunes en alternance...


Il rigole.

- Bon, moi, ce que j'en pense, c'est que tu risque de nous devenir vraiment utile. Tu sais, avant toi, Robin et Julia avait un autre collègue... Mais il était disons...sur-qualifié...et...il nous coûtait un peu cher... Et le fait que tu n'aies aucune expérience et que tu apprennes comme ça, sur le tas, je pense que ça peut nous être bénéfique à tous.
- Mais...ça veut dire que quand vous retournez en Allemange demain...je pars avec vous?
- Ca dépend si tu en a envie ou non.
répond-il en croisant les bras.

Je baisse les yeux et observe mon reflet dans le carrelage polis. Je suis jamais allée en Allemagne. Mais là on parle pas d'un voyage, on parle de quitter mon pays, celui dans lequel je vis. Je lève les yeux, génée. David sourit.

- Je comprend parfaitement ce que tu dois ressentir. Moi j'y ai réfléchis, et une idée me semble évidente. Tu as vécu suffisament de chamboulement dans ta vie en très peu de temps, on ne va pas non plus te tirer de force dans un pays étranger... Alors voilà ce que je propose. Tu reste à Paris, tu t'y installe, et tu travaille avec nous uniquement durant nos déplacements en France. Comme tu es française, ça pourra nous être utile à nous tous. Rien ne vaut mieux qu'une véritable autoctone!

Je souris.

- On peut comencer comme ça, c'est une idée.
- Tu sais quand est-ce qu'on va revenir en France?
- Non...
- On passera ici pour la tournée d'octobre.
- Des concerts?
- Oui.
- Wahou! Et je viendrai avec vous?
- Biensûr!


Trop cool, j'ai jamais connu ce que pouvais être l'ambiance d'un groupe de rock en tournée.


Point de vue de Bill

J'avale le café brûlant que le serveur viens de m'apporter, pris en sandwich entre Georg et Saki. A ma gauche, la salle de restaurant, dans laquelle flotte une délicieuse odeure de viennoiseries française. A ma droite, une vitre censée être fumée, et contre laquelle sont agglutinées une cinquantaine de gamines qui tentent de voir au travers. Je fixe mon frère, qui n'a aucun scrupule à se retenir de rire face à leurs joues écrasées contre le verre. Il profite du fait qu'elles ne le voient pas pour les pointer du doigt ouvertement. Kim, en face de moi, plonge ses yeux noisettes dans les miens. Je lui souris. Parfois, j'ai limpression qu'elle me comprend mieux que moi-même. Je termine ma dernière gorgée, en même temps que Gustav tape bruyament sur ses cuisses d'un air de "jai bien mangé j'ai bien bu, j'ai la peau du ventre bien tendue, merci petit jésus" et se lève en s'étirant. Il désigne ma tasse du menton.

- T'as finit mon grand?

Je sourit.

- Oui.

Il se tourne vers Saki.

- C'est bon, on remonte tous les deux, pas la peine de nous accompagner.

Il me fait un clin d'oeil victorieux, et Georg me laisse passer pour que je monte à sa suite. Sans Gustav qui se demerde à châque foi, on n'aurait jamais aucun moment de liberté. Là, on est libre, totalement libre! On fait quoi? Si Georg était là, il proposerait d'aller glisser sur la rampe des grands escaliers. Si c'était Tom, il irait fureter vers les vestiaires filles des employées. Moi, j'ai aucune idée de truc fou à faire. Je suis Gustav jusqu'aux escaliers. Il se tourne vers moi.

- Je propose...
- ...
- ...de se balader comme des couillons dans les couloirs.
- Adjugé vendu!


On grimpe les marches jusqu'au dernier étage. Wah! Le couloir est beaucoup plus beau que le notre! On marche sur la moquette douce qui estompe le bruit de nos pas. J'admire mon reflet dans grand miroir à ma droite. Trop beau. Gustav s'arrête. Il me désigne une porté ouverte, là-bas devant. On entend un soupir. Gus et moi, on a la même idée en même-temps. On se plaque contre le mur, et on avance comme des agents-secrets. Il tourne la tête vers moi et murmure entre ses dents.

- Couvre-moi, collègue!
- Reçu!


Je mime un pistolet avec mes mains, et on rampe contre la tapisserire. Arrivés au niveau de la porte ouverte, Gustav fait volte face et penche légèrement la tête pour regarder à l'interieur. Puis il se détend soudain, reprenant une attitude normale. Pfff, il casse tout le temps les trippes quand ils sont au max. Relou.
Il entre dans la pièce. Je le suis, mais quand je découvre que c'est la tarée, avachie dans un canapé, je fais aussitôt volte face pour retourner dans le couloir. Gustav me retiens par le bras.

- Reste, espèce de trou-du-cul.

La fille est en train de remplir un sac. Gustav lui sourit.

- Ca va?

Elle lève les yeux surprise.

- Euh...Oui, je fais mes bagages...je vais rester en France...

Alleluja.

- ...Mais...je reviendrai travailler avec vous en octobre.

Scheisse.

Gus hoche la tête. C'est bon, il a eu ce qu'il voulait, on peut partir maintenant? Non, il s'assied à côté d'elle. Elle garde la tête baissé, avec sa petite coupe au carré de fausse fashion. Elle m'énèrve! Gustav se penche vers elle.

- Et...enfin depuis l'autre nuit...ça va mieux?

Elle relève la tête et se mord la lèvre.

- Ben...Ca va forcément mieux...
- Pourquoi forcément? Ca pourrait aller pire...
- Ca irait pire si je fesait qu'y penser... Mais j'ai pas mal de chose qui me distrayent.


Je pousse un soupire bruyant. Gustav se la joue psy, on y est pour un quart d'heure. Je me laisse tomber dans le fauteuil, en fixant la fille, pour la rendre mal-à-l'aise. Elle ne semble pas remarquer. Gustav continue.

- Tu sais... Quand on a un proche qui meurt... La solution c'est pas de ne pas y penser.
- Pourtant ça marche.
- Oui ça marche que quand t'y pense pas... Mais dés que t'es sans occupation, là, la réalité te reviens comme une baffe. Je me trompe?


Elle le regarde avec de grands yeux. Gustav est trop fort pour trouver les mots. C'est débile, mais ça me fait penser à Scotty.
Gustav continue.

- Tu sais, j'ai perdu ma tante il y a quelques années... C'est pas pareil... Mais j'ai une idée de ce que ça fait.
- Et moi j'ai perdu mon chien l'année dernière et...
Gustav m'interrompt d'un regard meurtrier.

Pour une foi que ce que je disais était spontané et sincère. Un minuscule sourire étire les lèvres de la fille, qu'elle refoule aussitôt.

- Oui mais...C'est comme si...si une force extérieure me fesait horriblement souffrir dés que je pense à mon père... J'arrive pas à...me purger... Quand je pleure c'est à l'intérieure.

En disant ça, des larmes se mettent à couler sur ses joues roses. Gustav parait abasourdi et géné. Il pose timidemet sa main sur son avant-bras.

- T'as une idée de ce que c'est cette force?
- C'est... comme si je... m'interdisait d'avoir du... chagrin
dit-elle entre deux hoquets.
- Mais c'est normal d'en avoir.

Elle fond en larme.

- C'est normal d'en avoir quand on peut le partager! C'est normal d'en avoir quand on peut en parler! Moi je suis toute seule! J'avais que mon père!

Je me sens horriblement mal. C'est la première foi que j'assiste à une scène aussi gênante. Gustav ne se laisse pas démonter, il la prend dans ses bras.

- Je pense pas que tu sois toute seule Alice.

Elle se laisse aller sur son épaule, et pleure longement. Je reste silencieux, soudainement très intéréssé par les motifs de la moquette. On reste tous les trois immobile pendant un long moment. Puis soudain, la file se détache, s'essuiant les joues avec sa manche. On la regarde tous les deux, et étrangement, elle sourit.

- C'est la première foi que j'arrive à pleurer vraiment depuis...

Elle se tais. Gustav se tourne vers moi et me sourit.
Puis il regarde de nouveau Alice.

- T'as pas le droit de t'empêcher d'être heureuse. C'est pas de ta faute ce qui est arrivé, tu dois continuer à vivre.
- Je sais.
- Essaye de te dire...Essaye, à chaque foi qu'un choix se présente devant toi, de te demander ce que ton père ferai, ou te conseillerai. Ton père, il pensait comment?
- Selon lui, rien ne devait être conventionnel. Il faut toujours être à côté de la plaque, être différent. Jamais entrer dans le moule.


Je lâche.

- Bah avec nous, t'es bien tombée! On est tout sauf conventionnels! On est des rockeurs!

Elle lève les yeux vers moi, avec un rire nerveux genre "vous? Tokio Hotel? Des rockeurs?" qu'elle refoule vite pour une expression mitigée, mélangeant gratitude envers ma gentillesse et sceptissisme face à ma distance habituelle.
Gustav se lève.

- Bon! Avant que Saki tire le signal d'alarme, on ferait mieux d'aller de laver gentillement les dents dans nos chambres!

Je l'immite et on se dirige vers la sortie. La fille rigole.

- Merci Gustav.
- A ton service!



Point de vue d'Alice

J'essaie de retrouver mon chemin dans les rues parisiennes. Pourtant, j'avais fait attention, quand on étais tous retournés à l'hotel, l'autre soir. Mais quand il fait jour, je ne reconnais rien. Vive mon sens de l'orientation pourri. En plus j'arrive pas à me concentrer. J'ai fait la bêtise de rallumer mon portable que j'avais judicieusement eteins après l'appel d'Alex, et des foules de messages de gens de mon lycée qui me demandent ce qu'il m'arrive saturent ma boîte de reception. Les gens sont sympas avec toi que quand t'es pas là. Et puis moi j'ai pas envie de les affronter, de me justifier. Et aussi, j'ai vraiment été surprise par l'attitude de Gustav. T'imagine pas que des mecs d'apparence aussi superficielle et indifférente puissent avoir un minimum de considération. Enfin, les trois autres n'ont pas l'air tellement gentils, c'est seulement Gustav.
Ah, enfin, ce satané bar. J'entre. Il y a plus de monde que l'autre soir. Je le cherche des yeux, mais ne le vois pas. Il y a une fille un peu plus agée de moi, qui porte un tablier et un callepin. Je me dirige vers elle.

- Excusez-moi...Est-ce que Pierre est là?
- Ah, il a finit son service à l'instant, je vais voir si il n'est pas encore partit.


Je me tourne vers l'intérieure du bar. L'ambiance est cool, mais un peu vieux-jeu. Dailleurs, il y a surtout des vieux. Un, en particulier, qui me fixe. Il a un beret bleu marine, et il fume la pipe. Soudain, il l'enlève de sa bouche, et me fait un clin d'oeil.

- Salut, je pensais pas que tu viendrais!

Je me retourne en sursautant. Le jeune homme blond aux cheveux courts de la dernière foi me sourit.

- Oh...Salut...Oui je...je cherche à m'installer sur Paris et... Enfin voilà, j'ai pensé à ta proposition...
- C'est super! Ecoute, ça te dit qu'on se pose pour en discuter? Euh...Ailleur qu'ici, je connais un bar plus sympa.


Dix minutes plus tard, on s'installe face à face dans un bar bondé. Je grimace.

- Sympa le bar en effet.
- Désolé, d'habitude y'a pas autant de monde! Je te paye à boire! Tu prends quoi?
- Un café s'il te plais.


Il s'en va au comptoir et reviens avec un café et une bière.

- Alors comme ça tu pars pas en Allemagne avec la bande de vieux de la dernière foi?
- Wah quelle mémoire!
- Attends, c'est que le début, j'ai pleins d'autres talents!


Je souris et avale une gorgée.

- Plus sérieusement, reprend-il, tu compte faire quoi sur Paris? T'étudie?
- Euh...non... En fait...j'étais en terminale mais j'ai lâché les cours...
- Ah bon? Pouquoi?


Je triture le sachet du sucre en fixant la table.

- Euh...Mon père est mort dimanche soir et...je suis partie sur un coup de tête.
- Oh merde! Je suis vraiment désolé!
- ...T'y es pour rien...
- Mais...tu veux pas rentrer chez toi? Enfin...je comprends qu'en étant sous le choc t'aies agis de façon étrange...mais maintenant que t'as eu le temps d'encaisser...
- Ouais, c'est clair que y'a une petite voix dans ma tête...une petite voix et pleins de messages de gens de mon lycée qui me disent de rentrer mais...je sais pas comment dire...c'est comme une aventure, je suis lâchée sans filet...et...ça me plait en fait.
- Ouais je te comprend ça doit être grisant...


Je le regarde. Et je me rend compte que je suis sur le point de m'installer chez un gars que je connais même pas.

- Euh...Pierre...je sais rien de toi en fait! Mon père ne serait pas vraiment daccord de me voir me lancer comme ça en colocation avec un inconnu!
- Ouais bah normal! Mais t'inquiètes pas je suis ni violeur, ni psychopathe! Enfin je crois... Non, plus sérieusement, demande moi tout ce que tu veux!
- T'as quel âge?
- 19 ans.
- Pourquoi t'habites pas avec tes parents?
- Ils sont restés dans leur palace au milieu de la cambrousse du sud-ouest, et moi je suis venu étudier à Paris.
- Quoi comme études?
- Design.
- Ouah! Un artiste?
- Euh...On peut dire ça!
- Tes parents t'aident financièrement?
- Ben...en vérité mon père pratique la théorie du "débrouille toi et tu grandira". Je sais que si j'ai un problème il m'aidera, mais jusqu'à maintenant je m'en suis sorti tout seul.
- Respect!
- Tu compte travailler toi?
- Evidement! Faut bien que je gagne de l'argent jusqu'au retour des Tok... de mes employeurs...
- Ils vont revenir?
- Oui...Ils auront besoin de moi...ponctuellement.
- Soit...
- Et t'aimais bien le sud ouest?
- Ouais! J'avais la côte là-bas. Mon jacuzzi était toujours remplis de nanas.


Je lève les yeux au ciel. Il termine sa bière cul-sec et me sourit.

- Bon! Tu veux voir l'appart?
- Volontier! C'est loin?
- Non pas du tout. On y va à pied.


Il m'emmène jusqu'à un viel immeuble haussmannien. Il tape un code et la lourde porte de bois se deverouille.

- C'est au dernier étage.
- C'est loin de ton école?
- Je prend le métro, c'est assez rapide.


On monte à pied. Arrivés en haut, il ouvre la seule porte du palier. Je reste bouche bée.

- Wah! Mais c'est immense!
- En vérité pas du tout! C'est juste le salon qui est assez spacieux, et les grandes fenêtres qui donnent de la lumière...
- Putain ça doit te coûter une fortune! Je...Même en trouvant un boulo, je pense pas être capable de tenir le loyer...
- Franchement Alice t'as vraiment pas de soucis à te faire pour ça! C'est pas très cher, et de toute manière je gère au niveau financier...
- Attends tu rigole? Tu travilles que le soir dans ton bar, tu dois rien toucher!


Il me sourit.

- T'inquiète j'ai un autre financement.

Je fronce les sourcils. Il me fait un clin d'oeil.

- Je peux te faire confiance?
- Oui...


Il s'approche de la kitchenette et ouvre un tiroir à couvert. Il soulève le casier qui se trouve dedans et sors un sachet remplis de poudre blanche.

- Tadam!

J'ouvre la bouche mais aucun son ne sort.

- Attends mais... Tu te drogues? parviens-je finalement à sortir.
- Non t'es folle! Je fais rien de mal! On me passe ça, je le fait passer à quelqu'un d'autre qui me donne de la tune, et je peut en garder une part!
- Attends...C'est super dangereux! Tu risque la prison!
- Mais non! Franchement je t'assure que non! Tout le monde fait ça ici pour arrondir ses fins de mois. Mais on suspecte pas les étudians bourgeois, ils sévissent dans les banlieues uniquement.
- Ouais mais...je veux pas participer à tes magouilles moi...
- Te fais pas de soucis! Destresse! Je te demande rien! Ecoute, fais comme si tu savais pas, ça sert à rien de t'inquièter inutilement! Et si un jour t'as besoin de fric, ben tu saura quoi faire! Ok?


Je le regarde sceptique. Après tout, c'est pas comme si il cachait un cadavre dans son frigo.
Il me lance un regard de chien battu.

- Alors? C'est ok?

Je lance un regard circulaire à l'appartement. C'est carrément cool ici. Je soupire.

- Ok, on essaie.

Il me sourit et me sert la main.

- Bienvenue!

# Posté le samedi 26 avril 2008 16:31

Chapitre 11

Point de vue d'Alice

Malgré le fait que j'essaie de me persuader que j'ai vraiment envie de prendre cet envol, un noeud durcit dans mon estomac au fur et à mesure de l'approche de l'heure fatidique. L'heure à laquelle je devrai quitter cet hotel confortable pour me lancer dans cette ville casiment inconnue. Je ne suis encore qu'un petit oiseaux, après tout. Chassé du nid par la mort de son père. Ne sachant pas encore voler, l'oiseau tombe. Heuresement pour lui, il attérit sur une branche, en contrebas, ce qui l'empêche de s'écraser au sol. Mais il est trop lourd pour la branche, elle penche, elle penche. La seule manière de ne pas tomber encore, c'est de prendre son courage à deux mains, et de s'envoler. Ce n'est pas dur, non? Il suffit de battre des ailes. Tous les autres oiseaux savent le faire.

Ca y'est, je suis dans cette salle de réunion, où j'ai passé de nombreuses heures à élaborer des emplois du temps, avec mon minuscule et dérisoire petit sac de bagages. Toute l'équipe est là. Les Tokio Hotel aussi. Pas pour moi. C'est le point de "fin de séjour". Tout le monde donne son avis sur le déroulement de la semaine. Moi, je suis discrète, assise près de la porte. J'écoute, en fixant l'aiguille de ma montre. Pierre m'a donné rendez-vous à 15h00, pour m'ouvrir et me passer le double des clées. Il est 14h29. A 30 pile, je me lève. Il le faut, je retarde le moment. J'avais dit que je partais à 14h20. Je l'avais dit à Robin et Julia. Mais ils ne font pas attention à l'heure. Ca y'est, il est 14h30. Allez, j'ose, je ne réfléchis pas. Je me lève, me gratte timidement la gorge.

- Bon... J'y vais... J'ai rendez-vous avec mon co-locataire...

Tout le monde tourne la tête vers moi à l'unisson. Silence. Je hisse la lanière de mon sac sur mon épaule. David est le premier à réagir, il s'avance vers moi, en souriant.

- Daccord! Ravi d'avoir fait ta connaissance en tout cas!

Sa remarque est approuvée par un hochement de tête de la part de Robin, Julia, et Toby.
David me serre la main. Je commence à marcher à reculons, vers la porte. David continue.

- On se revoit pour la tournée d'octobre de toute façon! Bonne chance d'ici là!

J'ai un pied dans le couloir. Un dernier sourire à mes deux collègue; je croise le regard froid de Kim, caché derrière ses cheveux blonds en bataille.; Tom a déjà lâché l'action, occupé à réajuster un lacet ayant glissé de sa chaussure; Georg aussi, regarde ailleur; un hochement de tête de la part de Gustav, un lueure dans son regard qui m'interpelle; le regard neutre de Bill, qui malgré tout me transperce. Ca y'est, je suis partie. Aurevoir.


J'ai trouvé un boulo, pour la période qui va suivre. Dans une vieille librairie, tenue par une vielle dame, avec pleins de vieux clients pour acheter les vieux livres pleins de poussière. Pierre est déjà là, posté devant l'immeuble. Je fais la bise au garçon blond comme si on se connaissait, alors qu'en fait, si on y pense, ce n'est pas le cas. Il porte un treillis kaki, un t-shirt large, et ses cheveux sont en bataille.
Quand on entre dans l'appartement, il lâche un tonitruant:

- Re-bienvenue!

Et disparait derrière une porte. Je m'assied sur le canapé en serrant mon sac entre mes mollets, comme si je n'étais pas chez moi, alors qu'en fait, si on y pense, je suis chez moi. Il réapparait, et me tend une clée. Je l'attrape en souriant. Moment de flottement. Mais il ne perd pas la face, son regard gris clair insondable posé sur moi.

- Je travaille pas ce soir. Tu peux installer tes affaires. T'es chez toi maintenant.

J'obéis, range mes maigres affaires dans l'étagère de ma chambre. Puis on s'installe côte à côte dans le canapé. Lourd silence. Cette foi c'est moi qui le brise.

- C'est carrément génant, en fait cette situation...

Il pouffe de rire.

- T'as l'habitude de lâcher ce genre de phrase quand t'es dans une situation gênante?
- Ben ouais...Généralement, soit la situation gênante perd tout son côté gênant, soit c'est seulement moi qui ne suis plus gênée, et ça me suffit.
- Donc là t'es plus gênée?
- Plus du tout.


Il plante ses billes grises dans les miennes.

- T'es du genre timide ou pas?
- Ca dépend.
- Là maintenant?
- Non.


Il sourit, puis se penche soudainement sur moi, laissant seulement un petit centimètre entre nos deux visages. Quand il s'adresse à moi, je sens son souffle sur ma bouche.

- Et là, t'es intimidée?
- Non.
je souffle.

Il me fixe.

- Tu mens, ton coeur s'accélère.
- C'est faux. Comment tu le saurai?
- Tes joues son plus rouges. Ca veut bien dire que ton sang circule plus, donc que ton coeur s'acccélère, non?


Silence. Je suis démasquée. Il se détache, se lève et se dirige vers la fenêtre.

- Je sais pas en fait, j'ai toujours été un naze en SVT.

Stupide corps qui me trahis tout le temps.



Point de vue de Bill

Dans l'avion direction l'Allemagne. Direction chez moi, pour un repos avant la tournée. Une tarée larguée en route. Juste une hâte, retrouver mes chiottes à moi, les seuls dans lesquels j'arrive à chier tranquille.


Point de vue d'Alice

Le temps passe terriblement vite, et paradoxalement, chaque seconde où je pense à mon père semble interminable. Je vis dans une embivalence constante. Quand je suis seule, certains soirs où Pierre travaille au bar, ou le midi quand il mange à la cafet' de son école, je m'évade dans les pensées et je me trouve extrèmement malheureuse, à devoir galérer sans argent, avec aucune personne sur qui compter, avec mon père qui me manque et ma famille inexistante. Mon coeur se serre, parfois les larmes coulent sur mes joues. Et pourtant, certain moment je me surprend à faire une totale abstraction de tous ces malheurs. Pierre a des tas d'amis. Il fait souvent des soirées. Je recontre pleins de gens, je m'ammuse, je ris, je bois. Et quand j'arrive dans la salle de bain, la musique forte battant dans le salon, pour me passer de l'eau sur le visage, je m'observe dans le miroir. Je suis essoufflée, les joues écarlates, la frange collée sur mon front par la sueur, et je me dit, qu'au final, la vie a pas mal d'avantages.

Pierre mange mal. Très mal, et très déséquilibré. Chips et kinder à châque repas, avec boisson douteuse, mélange de redbull, de coca et de bierre. Souvent, il trempe ses chips dans du chocolat, et ses kinder dans du ketchup. J'ai faillit vomir, la foi il m'a fait goûter ça. Du coup, j'ai pris les choses en main. J'achète des légumes, de la viande. Ca lui plait aussi, en fait, il est seulement flemmard.

- Quand tu cuisine, j'ai l'impression d'être chez moi, à Biarritz.
- Ta mère cuisine bien?
- T'es folle? Non, c'est la cuisinière. Ma mère ne va jamais à la cuisine.
- ...
- Il faudrai que tu vienne là-bas une foi. C'est trop cool. J'évite d'y aller trop, tu comprend, je suis un rebel, et je dois pas m'habituer au luxe. Mais si un jour tu m'accompagne en vacances...


Je souris en coin et avale une bouchée de ratatouille.

______
Alors, ça vous a plu? Chapitre un peu relou, j'admet. En fait un peu inutile. J'ai mis longtemps à l'écrire... Je perds un peu l'inspiration... comme l'année dernière à la même époque ^^
Putain quand on y pense l'année est passée vite c'est un truc de OUF les amies!!!! J'ai jamais vu passer une année aussi vite! J'ai l'impression que la rentrée c'était la semaine dernière! Nom de nom...

& sinon, pour être prévenue de la suite et pour donner vos avis, n'hésitez pas à laisser des commentaires!!
à chaque nouveau chapitre, je préviens uniquement les commentaires de l'article précédent.
Allez, faites pas les radasses :)
J'vous aime quand même.

# Posté le samedi 17 mai 2008 12:56

Modifié le dimanche 18 mai 2008 10:54

Chapitre 12

Point de vue d'Alice

Aujourd'hui on est dimanche. Il est bientôt midi, je me reveille à peine. Un mois que j'habite à Paris. C'est tout sauf la routine, je m'ennuie jamais, j'ai presque jamais le temps de penser. De penser à mon père, ou à la tournée imminente des Tokio Hotel. J'arrive à mettre un peu de sous de côtés, mais j'ai pas encore véritablement de projet.
Pierre est sortit apparement. Je m'installe dans le vieux canapé et commence à lire un bouquin offert par mon employeuse. J'ai à peine le temps de lire trois lignes que le cliquetis de la serrure retentit dans mon dos.

- Wesh copine!

Je fais mine d'être très absorbé dans ma lecture, mais je suis déconcentrée par le rafus fais par mon colocataire. Il se laisse bruyament tomber à côté de moi, et fait rebondir le canapé.

- Tu lis quoi?

Je lève les yeux au ciel.

- Tu veux dire "t'essaie de lire quoi?"
- Haha très drôle.


Je ne répond pas et tente de nouveau de lire.

- Alice?
- ...
- Tu sais ce qu'il manque ici?
- Non, quoi?
- Une télé.


Je reste silencieuse.

- Non?
- Euh...Moi ça me manque pas...et ça coûte cher une télé...
- Y'a moyen que j'en récupère une!
- Ah ouais?
- Ouaip le père de ma copine veut en acheter une plus grande.


Il se lève et va attraper une pomme dans laquelle il croque. Je suis abasourdie. Je ne sais pas si c'est par le fait qu'il ne m'ai jamais parlé de sa copine, ou si c'est par son air de jem'enfiche.

- T'as une copine Pierre?
- Ouaip'
- Mais...depuis quand?
- Deux mois bientôt.
- Mais...C'est qui? Je la connais? Pourquoi je l'ai jamais vue? Pourquoi tu m'en a jamais parlé?


Il éclate de rire et s'assied de nouveau à côté de moi.

- Zen Alice! Elle était retournée à Lyon chez sa mère pour la mort de son grand-père, mais elle est revenue à Paris avant-hier.
- Elle habite où?
- Chez son père.


Je fais une moue silencieuse, un peu véxée. Il fait mine de ne pas s'en soucier, et se lève.

- J'vais à la douche! Prépare la tambouille!

Je soupire et me dirige vers le frigo. Ici, la tambouille du dimanche, ça rime avec chips-jambon. J'en suis à la garniture de mayo quand la voix de Pierre retentit dans la douche.

- Alice!!!

Je vais vers la salle de bain et m'arrête devant la porte.

- Quoi?
- Rentre, c'est pas fermé!
- Mais t'es en train de te doucher éspèce de trou-du-cul! Tu me dira après!
- Ok.
- ...
- Alice!
- ...
- T'es sûre que tu veux pas rentrer?
- ...
- Je suis très beau tout nu tu sais...
- Oh ferme ta gueule!


La porte s'ouvre, il est tout habillé, tout propre. Je sursaute.

- Alice t'as les boules que je sois amoureux?

J'hallucine.

- Non... Biensûr que non, qu'est-ce que t'immagines? C'est plutôt à elle d'être jalouse... Elle sait que t'habites avec une fille?
- Elle s'en bat les steak...
- Ah.
- Je suis sure que t'es jalouse!
- Je suis pas jalouse! Je...j'aime bien un autre garçon moi aussi.
- Ah ouais?


Putain qu'est-ce que je raconte? Je parle sans réfléchir.

- Oui.
- Comment il s'apelle?
- Tom.


C'est sortit tout seul. Le premier prénom qui m'est venu à l'esprit. Je regrette. J'avais pleins d'autres prénoms à dire, c'est débile. Pierre ne dit rien, il sourit en coin et va à la cuisine pour manger.


Point de vue de Tom

La tournée approche à grand pas. Je stresse pas trop, j'ai hâte en fait. Mais y'a un truc que me fait trop peur, c'est de me planter sur Übers! Au début, j'ai que trois notes à faire, et elles sont simples, mais le truc c'est que c'est moi qui commence, tout seul, et que si je me trompe c'est finit! C'est la fin! J'aurai plus qu'à me suicider! J'éspère que je me tromperait pas parce que ça me ferait mal au cul de plus vivre. Alors je m'entraîne, je prend ma guitare et j'essaie d'immaginer la tension de la salle en fermant les yeux. J'entend les cris, je sens les vibrations de tout ce monde devant moi, et je fais mes notes en immaginant tous les regards rivés sur moi. Une foi que j'aurai réussi ce passage, une foi que la batterie arrive, c'est bon, j'ai plus peur. C'est juste ce putain de passage!
Bill est relou en ce momment, il est jamais content. En même temps c'est normal, il a pas d'amis. Moi, depuis qu'on est à la maison, j'essaie de sortir, de voir des gens. J'ai pleins de numéro de filles qui habitent dans le coin et qui demandent qu'à me revoir, alors je m'en tiens à deux par jour. Ca coûte cher en capote, mais ça vaut le coup, j'arrive à garder le rythme.
Je suis sûr que si Bill acceptait de se faire des filles, il serait moins chiant. Mais il joue sa tapette effarouchée, alors que je suis sûr (enfin j'éspère) que c'est seulement pour se donner un genre. Ouais quoi, il peut très bien soigner son look et suivre la mode sans pour autant kiffer les mecs, non? Non, pour lui ça va de pair. Quel couillon! En plus il reste enfermé, il s'ennuie et il râle. Et quand je lui propose d'aller faire un tour ou quelque chose c'est "non mais t'es taré ou quoi? faut passer à autre chose maintenant! on peut plus sortir! c'est finit! arrête de voir tous ces glandeur d'avant qui en veulent qu'à ton statut, tu vaux mieux qu'eux! ça sert à rien de s'accrocher au passé!". Pauvre Bill qui croit tout comprendre de la vie. Moi j'y comprend rien à la vie, mais je cherche pas à faire semblant d'être intelligent.


Point de vue d'Alice.

Toujours dans ce même canapé avec ce même bouquin, que je n'ai pas avancé d'un pouce. Il est 18h30. Pierre est partit chercher sa copine. Je ne sais pas pourquoi, je n'arrête pas de changer de position pour avoir l'air "cool", comme si je m'inquiètais de ce qu'elle allait penser de moi, et que je voulais la dépasser en coolitude. C'est pas dur, je suis cool. Mais pour être la copine de Pierre, elle doit sûrement être sacrément cool. J'essaie de l'immaginer. Peut être une baba cool, avec des dreads qui raconte des blagues trop drôles et qui a un piercing au labret... Ou alors une motarde décolorée qui sait dire l'alphabet en un seul rot... Ou une bobo qui a tellement de classe qu'elle a limite une aura autour d'elle... Ca sera surement une fille un peu folle, qui parle très fort et qui dit ce qu'elle pense... Mais pourquoi je me prend autant la tête? Merde à la fin. Dailleur ils arrivent, j'entend des voix sur le palier.
Sans réfléchir, je balance le bouquin et m'allonge sur le canapé. J'entend la clé dans la serrure. Merde, il me faut une contenance. Je m'assied de nouveau et appuie mon coude sur l'accoudoir, en posant mon menton dans ma main. La poignée se baisse. Putain, ça va pas! Je me jette à terre pour récupérer le bouquin. La porte est ouverte, et je sens deux personnes me regarder, allongée à plat ventre en position de rugbyman qui fait un plaquage. Ouais, pas mal. Elle a interet à me trouver cool.
Je me relève et arrange mon pull. Pierre sourit, comme d'hab. Et la fille... La fille c'est... la neutralité incarnée. Je reste silencieuse, en la regardant. Des cheveux châtains ternes, d'une coupe on ne peut plus classique, des yeux sans expressions d'un marron vide, une peau terne, un t-shirt unis beige, un pantalon gris, des converses marrons et des ongles soignés. Impossible, ça ne ressemble pas du tout à Pierre! Pourtant, il a passé son bras autour de ses épaules. Il font contraste, tous les deux, lui avec sa veste rouge, ses vielles basquettes jaunes crados et ses cheveux en bataille. Drôle de couple.

Au fil de la soirée, je finit par me rendre compte que la neutralité de Magali (c'est son nom) n'est pas qu'apparente. Elle est vide de caractère. Elle est totalement apolitique, n'écoute pas beaucoup de musique, ne lit pas grand chose, n'a apparement aucun don, et n'a pour l'instant aucun but dans la vie. Etrange, vraiment. Quand je lance des petites blagues pour faire monter l'ambiance, ou que je fais des grimaces pour illustrer mes propos, j'ai l'impression de voir une lueure d'envie dans ses yeux. Envie de quoi? D'avoir mon assurance, ma personnalité? C'est pas dur, ma cocotte. Pour être heureuse, c'est simple, il suffit d'avoir confiance en soi et d'avoir une idée du sens qu'on donnera un jour à sa vie. Ca n'a pas l'air d'être son cas.

Elle est repartie, après avoir déposé un mini-baiser sur les lèvres de Pierre. Je ne cherche même pas à faire de commentaire, à savoir pourquoi elle ne reste pas dormir, je lâche l'affaire, un peu en colère. Mais bon, l'avantage de cette soirée, c'est qu'on a une télé. Je laisse Pierre la brancher. Il s'en sort assez rapidement, puis l'allume. Le journal de 20h. On le regarde, comme des cons contents d'avoir une télé. Soudain, le présentateur prononce les mots "allemagne" "rock" et "adolescentes". Je sursaute, et scrupte l'écran. Oui, c'est bien ça, c'est bien eux. Ca ne m'avais jamais fait ça avant, un tel effet. A chaque foi qu'on parlait de Tokio Hotel à la télé, je m'en foutait complêtement, je lachais un "groupe de gamine" sans vraiment suivre l'émission. Mais là, je sens mon coeur qui s'agite. J'arrive à concevoir l'état d'esprit des fans. Je les comprends.

- Quel groupe de merde.
- Hein? Dequoi?
- Tokio Machin là...
- Tu...T'aime pas?
- Tu rigole? Groupe de gamine, ils sont trop inutiles, et personne s'en rend compte! Pourquoi on parle d'eux dans le journal? Ca m'enerve, ils méritent pas! Bande germaniques qui se prennent pour des rockeurs! Qu'ils retournent chanter le yodel dans leur choucroutte!
- Mais... Ils ont du talents quand même...
- Mais n'importe quoi! C'est pas du talent, ils sont préfrabriqués, si ça avait pas été eux, ça en aurait été d'autres, avec exactement la même musique, c'est obligé. Je suis sûr que c'est un coup bas à la Sarko pour qu'on pactise avec l'Allemagne pour un projet du genre totalitaire qui nous priverait de nos libertés...
- Tu déconnes Pierrot.
- Bref, tout ça pour dire que Tokio Truc c'est de la merde.


Je ne répond pas. Je me sens conne. Horriblement conne, à fixer leurs quatres visages à l'écran, et à refouler l'idée que j'ai vraiment hâte que la tournée commence.

_____
So?
J'ai quelques idées pour la suite, mais j'ai pas trop la motiv'... Manque de coms, de visites. Vous y pouvez rien, et vos coms à vous me font super plaisirs, no soucy, mais bon, l'année dernière j'avais 5 fois plus de visites et de commentaires, alors ça fane! Mais bon, tant pis, c'est pas bien grave.
J'suis plus trop accro à TH je m'en fiche un peu d'eux maintenant. C'est dommage, c'était cool quand ils venaient en France et tout. Maintenant, c'est bon, hop hop hop, un p'tit parc des princes et ils se cassent au pays du hamburger, alors qu'ils ont beaucoup moins de succès là-bas, c'est débile. Ils font comme avec l'Allemagne, à force de se casser, ils vont perdre leur fans, parce qu'on se desinteresse d'eux, comme ils sont pas là. Enfin on peut pas leur en vouloir de battre le fer pendant qu'il est chaud!
Bisous les filles<3

# Posté le mercredi 21 mai 2008 13:39

Chapitre 13

Point de vue d'Alice

La tournée française des Tokio Hotel commence aujourd'hui. Mon train pour Clermont Ferrand part bientôt, j'ai vérifié mes derniers bagages, et je suis prête à m'en aller.
Pierre est appuyé contre la table de la cuisine, et me regarde, avec son air moqueur insondable.

- Tu vas faire quoi déjà?
- Je pars travailler avec les allemands, tu sais bien...
- Non, mais quoi exactement? Ils font quoi ces allemands?
- Je sais pas bien... c'est une entreprise de marketing, moi je m'occupe seulement du côté un peu administratif...


Après tout, je ne mens pas.

- Quel gâchis...
- Hein?
- Quel gâchis j'ai dit!


Il s'approche de moi et m'attrape les joues.

- Une fille aussi créative que toi, qui se retrouve à faire du travail de bureau!

Du travail de bureau? S'il savait...

- Et toi, alors, quel gâchis...

Il hausse un sourcil. Je pense très fort: un gars aussi marginal et artistique que toi, qui se retrouve avec une nana aussi intéressante que ta petite copine. Mais je dit:

- Un gars aussi irresponsable que toi, sans sa colloc adorée, qu'est-ce qu'il va devenir?

Contre toute attente, il m'embrasse la joue.

- Amuse toi bien! J'irai pas jusqu'à dire que tu vas me manquer, mais presque!

Je lui tire la langue, empoigne ma valise, et m'en vais. A dans 15 jours, grand fou.
Le trajet en train de passe sans encombre. Ca parait irréel, moi qui attire tout le temps les catastrophes et les situations gênantes. En effet, j'aurai du m'en douter, quand le train arrive, je suis à l'heure, et ai la mauvaise idée d'aller au toilettes de la gare.
Je fais mon affaire, et sors, empêtrée avec ma valise. Et le petit talon de ma botte se coince dans la rigole dans l'entrebâillure de la porte. Je lâche un "zut" et commence à tirer avec mon pied pour me dégager. Pas moyen, la position dans laquelle je suis ne me permet pas d'utiliser de façon optimale ma force...herculéenne. Je décide de retirer ma botte. Peine perdue, mon talon est lui aussi coincé. Je commence à m'énerver, et sens la chaleur monter. Putain de merde, y'a pas plus ridicule et improbable que de se retrouver coincée dans des chiottes de gare! Je souffle lentement pour me calmer. Dans un lieu public, il finira forcément par y avoir quelqu'un pour me venir en aide. J'attends cinq bonnes minutes, mais petit à petit, une douleur se fait sentir dans ma cheville prisonnière. Oh nan, ne me dite pas que j'ai une crampe! Si, la douleur me lance dans toute la jambe. Je me tortille de douleur, mais me refuse toujours à crier pour appeler de l'aide, ma situation est bien trop pathétique. Je regarde ma montre. Merde, je devrai déjà être à l'hôtel des Tokio Hotel! Je décide d'attraper mon portable. Je trouverais bien quelqu'un à appeler pour qu'il m'aide! Mais mon portable est dans ma valise, valise hors d'atteinte puisque quelques secondes plutôt, en essayant de bouger ma cheville pour faire partir la crampe, je l'ai fait rouler jusqu'à l'autre bout des toilettes. Bon, Alice, moment de crise. Tu es en retard. Il va falloir oublier ta dignité. Je prend mon souffle et me met à hurler.

- Ohé!!! Y'a quelqu'un??? Je suis coincée dans les toilettes! Venez m'aider!!!!


Lourd silence. J'entends au loin le brouhaha des voyageurs. Mais putain, personne n'éprouve le besoin de faire pipi dans cette ville? C'est pas possible! Mon Dieu, si tu existes, ou si quelqu'un comme toi m'observe de là haut, je t'en supplie, fais quelque chose!
Je ne sais pas si c'est grâce à ma situation privilégiée d'orpheline, mais mes prières furent rapidement exaucées. Une mère et sa fille s'avancent vers moi. Alleluja, je soupire de soulagement, sous le regard incrédule de la femme.

- S'il vous plaît madame, aidez moi! Ça fait un quart d'heure que je suis coincée dans cette porte!
- Oh oui, bien sûr mademoiselle!


La femme m'empoigne par les coudes et me tire de toutes ses forces. Un énorme "crac" se fait entendre. La femme me regarde, je regarde la femme.

- Ne me dites pas que c'était ma cheville!
- Vous avez mal?


Lentement, je fais bouger ma cheville... Je suis libre! Je me dégage. Le crac était en fait mon talon, qui en se cassant a emporté avec lui une bonne partie de ma botte. Je regarde la femme comme si c'était le messie.

- Vous m'avez sauvée!!!! Je ne sais pas quoi faire pour vous remercier, je...

La gamine qui était avec elle m'apporte ma valise.

- Tenez c'est à vous?

Je l'attrape, et en sort une autre paire de chaussures. Je suis en retard, mais vraiment en retard. Je remercie une nouvelle foi la femme, et galope jusque dehors pour prendre un taxi.

Quand j'arrive à l'hôtel, il y a pas mal de fans. Elles sont pas censées camper devant la salle de concert? J'y comprends plus rien. Enfin si, je comprends que je vais avoir beaucoup de mal à rentrer. Je vois les gardes du corps qui gèrent l'excitation des jeunes filles. Je suis loin derrière elles, et commence à faire des grands signes pour qu'ils me remarquent sans que j'ai à me mêler aux fans. Toby me repère, et laisse tomber ses bras d'un air de dire "c'est maintenant que t'arrive?". Je lui fais une grimace embêtée, et il me fait signe de l'attendre de l'autre côté de la rue. Quelques minutes plus tard, il me rejoint. Il se met à me parler en allemand. Merde, j'avais oublié que je devrai utiliser cette langue maintenant.

- Tu nous embêtes vraiment là! Tout le monde est déjà parti à la salle de concert, et ils ont besoin de toi là-bas!
- Je suis désolée, j'ai été coincée à la gare...


On ne peut pas être plus franche et explicite.

- ...Mais aucun soucis, j'y vais en taxi!
- Mais non, tu peut pas t'y rendre toute seule, on ne te fera pas entrer! Ecoute, tu vas aller au feu là-bas et monter dans le van avec le groupe.
- Daccord. Désolée, vraiment!


Et je trottine 50 mètre plus loin. Bizarrement, mon coeur s'accélère. Toby a bien dit "le groupe" ?


Point de vue de Bill

J'attends dans le couloir de l'hôtel, avec les garçons. On attend que David nous dise de le suivre pour aller prendre le van qui nous emmènera à la salle de concert. Cette tournée promet d'être mythique! On va dans pleins de villes de France, et les places se sont vendues super vite. Je kiff les tournées, tout ça, les prommos. Mais il y a toujours au moins un moment dans la journée où on attend, et on sait jamais quoi. Toute l'équipe est à la salle de concert, et on devrait déjà y être, pour les balances. Mais faut que tout le monde soit synchro, avec leur petit talkie-walkie, et surtout faut pas oublier la masse de fans devant l'hôtel. C'est pour ça que dans l'équipe, y'a des membres qui gèrent l'organisation. Sauf que pour cette tournée, Julia n'est pas là. Il y aura seulement Robin, et la nouvelle. Donc ça promet d'être assez embrouillé niveau organisation.
David arrive, essoufflé.

- Allez les gars, on y va! Et vite, y'a quelqu'un en plus dans le van.

On acquiesce et on lui emboîte le pas. Je réajuste mes lunettes, et on sort, passant contre les barrières qui empêchent les fans de nous sauter au cou.
Quand on est tous installés, le van démarre, pour s'arrêter 200 mètres plus loin, et là, je manque de m'étouffer avec mon chewing-gum. Qui vient de monter dans le van? La nouvelle, la moche, la tarée, Alice quoi. Je croyais qu'elle était à la salle de concert. J'essaye de lancer un regard éloquent à mon frère voir s'il partage mon point de vue offusqué, mais il s'en tape complet. Il dit "salut" à la fille qui s'assied en face de moi. Non mais j'hallucine! Elle squatte notre van! Le van VIP des stars! Mais elle est qui elle? Et pourquoi tout le monde à l'air de trouver ça normal? Je commence à taper du pied. Et voilà, je suis énervé. Cette débile va réussir à me faire rater le concert! C'est obligé. Je la déteste. Je me mets à la fixer à travers mes vers teintés. Elle a une longue veste grise en laine, un jean, et des basquet. N'importe quoi, elle sait même pas s'habiller! La logique des choses, ça aurait été de mettre des bottes. Je suis sure qu'elle sait même pas ce que c'est. Elle doit pas savoir marcher avec des talons en plus... même moi je sais marcher avec des talons! Euh, bon, c'est pas un détail sur lequel on doit s'arrêter, c'est juste pour vous montrer que c'est pas difficile de marcher avec des talons. Mais bon, pour cette pauvre fille, rien ne doit être facile, elle a l'air un peu ratée. Elle est moche en fait. Je regarde ses traits. C'est bizarre, elle est moche d'ensemble, mais j'arrive pas à trouver ce qui cloche sur son visage. Enfin, je veux dire que sa peau n'a pas d'impuretés, et que ses traits sont harmonieux, mais pourtant, elle est pas jolie. Je cherche ce qui cloche sur sa tête. C'est sa frange, peut être. Elle est toute droite, et s'arrête pile au niveau des sourcils, et du coup on voit que ses yeux, ils sont trop bleus, ça agresse, ouais c'est ça! Elle a un regard qui transperce, c'est pas beau! Moi au moins, j'ai de beaux yeux marron, tous doux. Et puis elle a des supers gros sourcils, on les voit à travers sa frange. Sa sale gueule m'énerve, je détourne le regard.

Quand on arrive à la salle de concert, elle nous quitte rapidement pour rejoindre Robin et le reste de l'équipe, et j'ai envie de dire que c'est tant mieux! Je l'oublie rapidement et on commence les balances. On passe l'après-midi à faire tout ce qu'on fait avant un concert, plus une bonne demi-heure calés dans les gradins, que tous les quatre à faire les mongols. On rigole bien, ça détend c'est pas plus mal puisque plus l'heure fatidique approche, plus je stresse.


Point de vue de Georg

Ensuite, on va manger un bout, dans une grande pièce des coulisses. Y'a pas mal de gens qui circulent, mais on a l'habitude. Pour le repas, on a le droit à un super buffet. Comme d'hab, on prend que des frittes, des hamburgers et des pâtes. Enfin, on fait quand même plus attention que d'habitude, ça serait vraiment dommage d'avoir un petit problème de digestion en pleins concert. Les autres membres du staff arrivent pour manger. Nous, on s'assoit avec David et la maquilleuse préférée de Bill qui squatte de plus en plus.
Je mords dans mon hamburger, en fixant Bill. Il est en train de bugguer, la bouche ouverte, sa fourchette à quelques centimètres. Il y a une feuille de salade plantée dessus, qui, faute d'être mangée se déplie et retombe dans son assiette.

- Ca va Bill?
- Nan mais regarde la! Elle prend des champignons!


Je ne comprends pas tout de suite, puis tourne la tête. Alice, la nouvelle du staff, une assiette remplie de champignon à la sauce tomate, est en train de s'assoir à côté de Robin. J'échange un regard surpris avec Tom et Gustav.
Bill continue.

- Cette fille a vraiment un problème! Tu te rends compte! Elle mange des champignons! C'est dégueulasse! Elle me dégoûte!

Gustav s'énerve un peu.

- Mais c'est bon, Bill, lâche là, passe à autre chose elle t'a rien fait!
- C'est clair
, ajoute Tom.

Les deux frères échangent un regard. Bill replante sa feuille de salade et l'avale.

- Oui mais même, je l'aime pas! Je veux juste qu'elle s'en aille, elle a rien à faire avec nous!
- Moi je crois plutôt que t'as envie qu'elle reste, même si tu refuse de l'admettre.


Oups, j'ai gaffé. Ne jamais heurter l'ego de Bill avant un concert. Il me lance un regard noir.

- Excuse mec, c'est pas ce que je voulais di...
- Nan, mais je pense que Georg a raison!


C'est Gustav qui s'y met. Bill se tourne brusquement vers lui, l'air offusqué.

- Ben quoi, tu fais que parler d'elle tout le temps! Ça cache quelque chose!

Bill se lève brusquement.

- Mais alors là, vous n'y êtes pas du tout! Vous vous trompez carrément!!!!

Tom le tire par la manche.

- Calme Bill!
- Nan mais je veux pas que vous croyez quelque chose qui n'est pas vrai!!! Vous vous trompez, c'est pas DU TOUT ce que vous croyez! Je veux que vous me croyiez, et que vous changiez d'avis!


Tout le monde a tourné les yeux vers lui, y compris Alice, l'air étonné. Bill la regarde.

- Tu veux ma photo?

Elle ne répond pas, mais prend un air encore plus surpris. Tom attrape Bill par les épaules et le fait rasseoir. On se tait, et on s'échange tous des regards éloquents. Puis David se gratte la gorge.

- Bon les gars, prêts pour ce soir?

L'atmosphère se détend d'un coup, et le repas reprend son cours.


Point de vue d'Alice

Le travail a repris, lentement mais sûrement. Je me re-familiarise avec la langue allemande et le boulo que je dois faire. Tout se passe sans encombre, sauf pendant le repas. Bill s'est énervé avec les autres membres du groupe, et m'a ensuite pris de haut, comme si c'était de ma faute si il était en colère. J'ai pas vraiment aimé. Il n'a pas a rejeter sur moi son stress d'avant le concert. Je ne savais pas comment réagir.
Enfin bref, le concert ne va pas tarder à commencer. Je suis près de la scène avec Robin, et on sent d'ici toute l'électricité qui règne dans la salle. De là où on est, je peux seulement voir les filles du premier rang. Elles sont en sueur, leurs mèches de cheveux collées sur le visage. Les gens du staff leur donnent de l'eau. Elles sont toutes excitées à l'idée de l'imminence du concert. A vrai dire, moi aussi.

- Alors, c'est ton premier concert de Tokio Hotel? me demande Robin
- Oui!
- Tu vas voir, c'est cool. Y'a une super ambiance à chaque foi.


Et là, ça commence. Les lumières s'éteignent, et les cris se font soudain strident et ultra-forts. Je plaque mes mains contre mes oreilles, et sens mon coeur battre dans ma poitrine. Les premières notes retentissent, et la scène s'éclaire. Je ne peux pas voir Tom, mais Georg est juste au dessus de moi. Puis Bill passe soudain devant moi, accompagné de Saki. Son bras frôle le mien. Il me regarde, je lui fais un sourire d'encouragement. Il ne réagit pas, tourne la tête et monte sur la scène en commençant à chanter. Je me sens étrange. Il m'a regardé, et ça m'a troublée.
Le concert est explosif. Robin rigole, parce que je saute en rythme, tape dans mes mains, mais je ne connais aucune chanson, alors j'essaie de chanter les refrains, mais je me trompe dans les paroles. Au bout d'un moment, je m'appuie contre la scène, épuisée. Je souris à mon collègue.

- On voit rien d'ici!
- Si tu veux on peut aller dans les gradins, viens!


Il m'entraîne dans les coulisses. On monte des marches, traverse des couloirs, ouvre des portes... Pour arriver derrière les gradins. On se cale à un endroit où on a une assez bonne vue. On est loin de la scène, mais même ici il y a une super ambiance. Une gamine d'une douzaine d'année me bouscule avec une pancarte.

- Oups désolée!
- Julie, viens là!


Une voix l'a interpellée, et ça m'a fait tressaillir. Je me retourne, pour voir d'où elle venait. Impossible de discerner les gens du public, il fait trop sombre. Et déjà, la chanson se termine. Robin m'entraîne de nouveau pour retourner près de la scène.
A la fin du concert, ils passent tour à tour devant nous, en sueur, pour rejoindre les coulisses. Quand ils sont devant moi, je ne peux m'empêcher de lancer un "bravo".
Gustav me sourit et Tom me frappe dans la main.
La salle se vide, et je me retrouve à ne pas savoir que faire. Robin me sourit et m'invite à rejoindre le reste de l'équipe.
Chapitre 13

# Posté le vendredi 18 juillet 2008 13:29

Modifié le mardi 22 juillet 2008 05:44